Quatre ans après le drame de Strépy-Bracquegnies, c’est un procès hors du commun qui s’est ouvert ce lundi matin devant la cour d’assises du Hainaut à Mons : celui de Paolo Falzone. Le 20 mars 2022, à l’aube, au volant de sa BMW, il fonce à toute allure dans un groupe de gilles du carnaval de Strépy-Bracquegnies, dans l’entité de La Louvière. 7 personnes perdent la vie ce matin-là. Des dizaines d’autres sont blessées. Un autre homme fait également partie du dossier : Antonino Falzone. Passager de la voiture au moment des faits, il est poursuivi pour non-assistance à personne en danger.
Étant donné l’ampleur du procès, la justice a décidé d’investir le hall des expositions du Lotto Mons Expo pour accueillir les 200 parties civiles, les accompagnants, les témoins, la vingtaine d’avocats, la presse et le public. Une logistique millimétrée pour tenir compte de toutes les contraintes liées à une cour d’assises.
Ce matin, l’ouverture des portesest retardée, vu le nombre de personnes présentes. Le procès, qui devait débuter à 9 heures, ne démarre qu’aux alentours de 10 heures.
Paolo Falzone apparait assez ému, au bord des larmes, au moment de s’installer à la table des accusés. La Cour procède ensuite à l’inventaire des parties civiles : celles qui sont présentes, celles qui se sont ajoutées, ce matin encore, celles qui sont décédées depuis les faits, et bien sûr les avocats qui les représentent. Au total, on dénombre désormais plus de 200 parties civiles.
La présidente de la cour d’assises, Martine Baes, explique tout d’abord aux jurés le fonctionnement de la cour : qui est le premier avocat général, à quoi il sert. Ce qu’on appelle les parties civiles, la défense, les greffiers… A ce stade, les accusés n’ont pris la parole que quelques secondes, pour décliner leur identité.
Retour sur les faits et les déclarations des acusés
Peu avant 11h30, la lecture de l’acte d’accusation débute. Il reprend les faits et toutes les circonstances qui les entourent, rassemblées par l’enquête. La défense a choisi de ne pas déposer d’acte de défense écrit et assurera la défense de ses clients oralement.
Alors qu’Antonino Falzone écoute attentivement en regardant le magistrat, et se tenant la barbiche, Paolo Falzone, lui, enfoncé dans sa veste en cuir, n’a pas encore relevé les yeux. Les parties civiles, dont certaines avaient déjà les yeux rougis en arrivant ce matin, montrent des visages fermés, parfois grimaçant de douleur à la description de la scène du drame. Certains passages sont difficilement soutenables, notamment quand l’acte d’accusation décrit le corps du gille (Frédéric d’Andrea) « dont la tête est encastrée dans le pare-brise« . Certaines victimes gardent les yeux fermés. D’autres se tiennent la tête entre les mains, incrédules. Les services d’aide proposent leur soutien à des parties civiles manifestement en état de stress important.
Ma vie est foutue, je ne me remettrai jamais de cela
On apprend qu’à l’arrivée des secours, Paolo Falzone s’est emporté sur les policiers, s’écriant « pourquoi c’était pas balisé« . Il a demandé à plusieurs reprises aux policiers de l’abattre. « Ma vie est foutue, je ne me remettrai jamais de cela ». Lorsque les policiers ont ouvert la porte du combi où Paolo et Antonino Falzone avaient été isolés, les deux suspects « s’étaient endormis ». L’acte d’accusation reprend également des déclarations des accusés. Paolo Falzone conteste avoir voulu prendre la fuite mais voulait simplement aller plus loin pour réfléchir à ce qui s’était passé. « Une fois qu’il a vu que la foule était derrière lui, il a tourné pour ensuite s’arrêter. Il ajoute qu’au début il ne voyait rien de ce qui se passait et entendait seulement des » boum » sur la carrosserie mais ensuite, le pare-brise s’est cassé, ce qui lui a permis de voir« .
Certains témoins ont déclaré que Paolo Falzone était « hilare », juste après l’accident. Il conteste. Il martèle qu’en « aucun cas il n’a voulu partir« . Antonino Falzone maintient, lui, qu’il était endormi dans la voiture « et s’est réveillé au moment du choc, lorsque deux personnes ont traversé le pare-brise ». Il ajoute que Paolo Falzone a néanmoins continué à rouler (sur plus d’un kilomètre) et a encore percuté d’autres personnes.
Après s’être immobilisé, Paolo Falzone a « immédiatement téléphoné à sa mère pour lui dire qu’il avait percuté un groupe de gens et qu’il allait aller en prison ». Lors d’une audition en présence de l’expert automobile, Paolo Falzone déclarera aussi « avoir eu peur », pour expliquer le temps qu’il lui a fallu avant d’arrêter son véhicule.
Au compteur: 174 km/h
D’après les analyses du téléphone portable du conducteur, l’appareil fonctionnait au moment de l’accident. Cinquante-huit secondes avant le premier impact, Paolo Falzone filmait le compteur de sa voiture qui affichait une vitesse de 174 km/h.Concernant son rapport à la vitesse, « je recherche […] un sentiment d’être au-dessus des autres, de ne pas me laisser dépasser« . Lors d’une audition, il expliquera aussi que la voiture développait, après programmation, 353 CV et pouvait monter, en vitesse de pointe, à 260 km/h. Il « pense que c’est illégal… ». Dans leurs conclusions, les experts attribuent le besoin de puissance de l’accusé à « une faille narcissique », « une difficulté à gérer les frustrations », « le besoin d’un objet symbolisant la réussite sociale et la puissance ».
Interrogatoire dans l’après-midi
Si le calendrier est respecté, l’interrogatoire des accusés devrait débuter après-midi. La première semaine sera consacrée à l’examen des faits. Les débats sur la culpabilité pourraient s’ouvrir dès la fin du mois de mai. Le procès est prévu pour une durée de 6 à 8 semaines. Le coût de cette installation au Lotto Mons Expo est d’environ 150.000 euros, selon la procureure générale de Mons, Ingrid Godart. Un budget « qui sera probablement dépassé ».
