Antoine Wiertz, un peintre du 19e siècle, un peu trop sûr de son talent, pris d’une certaine folie des grandeurs et pourtant aujourd’hui tombé dans les oubliettes de l’histoire.
« Dinant a donné naissance à deux illustres peintres de la Renaissance, Patenier et Blès, mais c’est d’un troisième que je vous parle ce matin, Antoine Wiertz, qui est oublié mais mérite d’être connu, pour son œuvre mais surtout pour son personnage. Romantique, avant-gardiste, provocateur, orgueilleux à l’excès« .
Antoine nait à Dinant en 1806. Son père est tailleur, sa mère est journalière, un milieu modeste donc. Un mécène remarque son talent de dessinateur et le pousse, dès l’âge de 14 ans à quitter sa ville natale, pour suivre des cours d’art à Anvers, puis à Rome, à Liège, à Bruxelles.
« Sa spécialité, ce sont les scènes grandiloquentes, les toiles gigantesques relatant des événements historiques ou légendaires, tirés de la Bible, de l’Antiquité grecque ou romaine. Il reçoit le prix de Rome, il se rend à Paris mais il n’arrive pas à percer dans cette ville où il espérait la gloire. Il présente son immense tableau » Grecs et Troyens se disputant le corps de Patrocle « , mais la critique parisienne s’en moque, le trouve ridicule. Va-t-il retomber sur ses pattes ? «
Puisqu’on se moque de lui à Paris, Antoine Wiertz s’installe à Bruxelles, et là, il est apprécié. Il faut dire que le jeune royaume de Belgique a besoin de peintres grandiloquents, qui peuvent exalter le passé.
« Le ministre de l’Intérieur lui offre une maison atelier, près de la gare du Quartier Léopold, où il aura toute la place pour s’attaquer à ses tableaux de très grandes dimensions, parfois plus de 11 mètres de haut. Cet atelier existe toujours, il est devenu un musée« .
Des toiles énormes, mais aussi des plus petites, plus intimistes.
» Elles montrent un réel talent du peintre, des portraits notamment. Certains thèmes reviennent souvent. Une vision fort négative de la femme, dessinée parfois en sorcière, ou associée au démon, à la folie, à la mort. Beaucoup de scènes macabres, car Wiertz est sensible à la misère de son époque, aux épidémies de choléra, aux guerres, à la peine de mort. Dans d’autres tableaux, il règle ses comptes avec les Français, notamment via le personnage de Napoléon, ou encore avec les catholiques, par exemple avec sa statue Le Triomphe de la Lumière, avec une femme brandissant une torche, qui a peut-être inspiré la statue de la Liberté à New York ».
Antoine Wiertz est mort en 1865, il est enterré à Ixelles.
« Il y a eu alors un projet fou, à Dinant, ce fut de raser la citadelle et d’édifier à la place une copie gigantesque de sa statue » Le triomphe de la lumière « . Mais cela ne se fit pas. Wiertz avait légué son cœur à la Ville de Dinant, mais celui-ci a brulé en 1914. Il y a toujours une rue Wiertz à Dinant et une place Wiertz à Namur, à Salzinnes. Un monument en bord de Meuse, à Dinant aussi, où on le voit en train de peintre, avec une attitude très prétentieuse qui le caractérise bien. Et surtout cet étrange musée à Bruxelles, que je vous recommande de visiter un jour, mais pas tout de suite parce qu’il est fermé pour travaux ».
